vendredi 27 avril 2012

Wu Lyf

    Groupe phénomène de Manchester, Wu Lyf (World Unite/Lucifer Youth Foundation) vient de sortir son tout premier album Go Tell Fire To The Mountains. Pour l’enregistrement de ce dernier, le groupe a entrepris une démarche quelque peu singulière, à l’image des québécois d’Arcade Fire, ces derniers l’ont enregistré dans une église, en y amenant des conditions de live. Une volonté d’authenticité agrémentée d’une légère dimension spirituelle, Wu Lyf veut innover.

   Le groupe rappelle la tendance DIY (Do It Yourself) du mouvement punk. Refusant les offres alléchantes des labels ils ont décidé de s’autoproduire en créant le leur portant ainsi le nom de LYF. 
    Mais la Lucifer Youth Foundation est bien plus qu’un simple label musical, c’est une sorte de concept quelque peu sectaire qui vise à l’indépendance et la liberté de la jeunesse dans son épanouissement artistique. L’évocation de Lucifer ici ne fait en aucun cas appelle à des forces démoniaques, ou autres organisations maléfiques mais apparait comme composant à un tout, une nécessité, comme le bien et le mal qui se complète pour exister, tout en s’opposant. Youth est ici sous forme de naïveté, représentation de l’innocence d’une jeunesse.

    Avec leurs vingtaines d’années, ils disent n’être rien, juste quatre enfants muets (« Wu Lyf is nothing, four dumb kids » disent-ils sur leur site…). A leurs débuts, le quatuor ne souhaitait pas dévoiler leurs véritables identités, laissant planer une vision comme ectoplasmique du groupe. Leurs comportement de dénigrement envers les journalistes (en les considérant comme inutiles, parasites, paresseux et sans pertinence) ne les a pas empêché de se faire reconnaitre, d’une certaine façon, pour la part de mystère qu’ils laissent volontairement flotter. On y voit alors une image de vérité, comme pour tout garder, ne rien perdre et ne rien laisser à la portée de n’importe qui. Pour ne pas dénaturer ou usurper ce qu’ils font, comme un refus de superficialité. Ces derniers souhaitent alors se libérer de l’image de façade. Une réputation qui les précède, faisant d'eux le groupe du moment (2011).



    Comme un commandement prophétique l’album Go Tell Fire To The Montains nous fait avancer dans l’inconnu. Un son de désordre bousculant accompagne des paroles incompréhensibles sur une voie enraillée, des cordes vocales qui se déchirent, et amène un coté bestial au travers de cris primaux, plein de révolte. Une atmosphère qui baigne dans l’amertume et le renouveau. Les chansons prennent un caractère énigmatique par ce décryptage de parole qui semble venu d’une langue d’un autre monde, comme chamanique, pour nous apporter la lumière.

    Des paroles qui nous emmènent dans un tourbillon de dénonciation, source d’interprétations, de la protest song d’un nouveau genre. On peut analyser par exemple LYF qui rappelle une enfance innocente qui se doit d’être chérie (« if we live this way it will all fall down » disent les paroles). On perçoit également des airs de supplice dans Cave Song et d’apitoiement dans Such a Sad Puppy Dog. Le dénigrement d’une époque régit par la vitesse et le désespoir du temps est souligné avec Summas Bliss ou encore la superficialité dans We Bros et l’égoïsme humain dans Spitting Blood. C’est comme un appel dans Dirt qui avec un clip aux effets subliminaux (World Unite Love You Forever= WU LYF) nous montre un désir de révolte, de destruction d’une société corrompue, de parents aveuglés et d’enfants perdus. Pour terminer le manifeste, Concrete Gold illustre notre génération, dépassée par la société, à l’image des indignés de NYC en octobre dernier.




    C'est le 8 avril dernier que le groupe donna un concert au Bataclan (une salle plutôt petite).
    Dès l’arrivé du groupe sur scène c’est parti, une intro flotte, puis plonge pour éclater, nous projeter directement dans les airs et nous enfoncer comme au plus profond de la terre, au plus profond de nous même. Une puissance musicale transcendante, enivrante qui s’engouffre en nous, vibre et ressort à travers toute la salle.
    Le groupe, est principalement mené par le chanteur Ellery (James) Roberts et le batteur Joseph (Louis Harland) Manning, aux styles affirmés et magnétiques. Ellery Roberts dégage une force intérieur inouïe, une voie sortie du fond de ses entrailles, pleine de fureur. Une force qui nous fait bouger aux sons des explosions instrumentales.

    Wu Lyf est un met rare, qui se déguste et que l’on savoure le plus longtemps possible, il ne faut pas en lâcher une miette. Cette plénitude, cette transcendance, parfaite, intacte, magique, se révèle presque torturé. On entre dans l’infinie, une bière à la main comme si plus rien n’était éphémère. Le public est là, convaincu, réuni pour vivre l’instant Wu Lyf. Comme une cérémonie rituelle, d’engagement. Des spectateurs hurlants, car peut importe qu’on ne puisse pas chanter les véritables paroles, et en dehors de toutes autres choses on cri, on danse, on saute, on admire, ensemble, telle une meute de loup appelant leurs leaders.

mardi 3 avril 2012

Bob Dylan à Paris

    C’est entre dilemme Lana Del Rennien et supposée tourné des Rolling Stones que s’est installée avec majesté, semblable à un éloge posthume (à la grande frayeur de nombreuses personnes), une exposition sur Bob Dylan. Depuis début Mars s’est ouvert à la cité de la musique, une exposition retraçant la période de 1961 à 1966 du chanteur folk. Celle si se tiendra jusqu’au 15 juillet.

    Bob Dylan est une figure marquante de la folk music et de la protest song. Star aux multiples visages (comme le montre le film de Don Alan Pennebaker en 1965 I’m Not There) qui derrière une stature frêle porte en total paradoxe des chansons aux messages forts. Il fut l’un des premiers à dénoncer tel un conteur, les inégalités, les injustices et la ségrégation de son époque. Des chansons empreintes de connotations sociales, où il allie textes protestataires et poésie dans une parfaite intelligence des mots. Une voie nasillarde reconnaissable parmi des milliers (qui laisse les avis mitigés), une guitare et un harmonica qui lui font corps. Une force des mots qui le mènera à être craint dans certains pays comme en Chine où il sera interdit de concert.

     Entré dans la salle se dresse au loin, au bout d’un long couloir, l’image représentative de l’exposition sur un écran rétro-éclairé, Dylan, debout, les bras croisés, nous accueillant, tel l’hôte de l’exposition. Une incitation à s’approcher de plus prés, et nous glisser délicatement le long d’une série de photo du jeune photographe Daniel Kramer, qui le suivi de 1965 à 1966. Une quarantaine de clichés constituent ainsi le tronc de l’exposition. Kramer attrape l’essence de quelques petits moments volés de la vie de Dylan, ces journées dans sa maison de Woodstock, sa tourné à Londres, son passage à l’électrique en 1965 (qui le mènera a être décrié comme traitre et perverti, décrit comme vendu à la majorité commercial). Jusqu’en 1966, année qui marquera son progressif retrait de la scène (principalement dû a son accident de moto, il ne remontra qu’en 1968 en hommage a Woody Gurthry, son model récemment décédé).

    Certaines photos ont capté des duos d’exception, comme Dylan aux côtés de Joan Baez ou de Johnny Cash. D’autres photographies sont quelques peu surprenantes, on peut l’apercevoir sur une balançoire dans sa maison de Woodstock, ou face a une partie d’échecs, d’autres encore sont plus extravagantes comme ce dernier repassant à l’aide d’un fer à repasser les cheveux de Joan Baez. Une légèreté et pureté qui nous laisse sur un ton poétiques et rêveur.


    Se dégage de cette axe centrale, quelques pièces isolées sur le côté. On nous guide à l’aide de textes muraux et des explications auditives, vers des périodes marquantes de la vie de Robert Zimmerman (de son vrai nom), de son enfance à son apogée. On passe à travers l’homme, Robert Zimmerman, ses influences musicales, sa ville de prédilection New York, sa musique folk revival, ses protest song, sa continuation folk rock, son monumental hit Like A Rolling Stone, et la fameuse année 1966. Retraçant ainsi une séquence d’années prolifiques, puisque celle-ci marque la sorti de ses plus grands succès (1962: Bob Dylan, 1963: The Freewheelin' Bob Dylan, 1964 : The Times They Are a-Changin', 1964: Another Side of Bob Dylan, 1965: Bringing It All Back Home, 1965: Highway 61 Revisited, 1966: Blonde on Blonde).

    Une exposition qui nous permet de nous balader sous fond de Ain’t It Me Babe, et Subterranean Homesick Blues, entre guitare de Buddy Holly et polo d’Elvis Presley. Regorgeant de petits bijoux tels certains des effets personnels de Bob Dylan, bribes de textes de chansons. Ainsi que celles d’autres auteurs qui ont entourés cette période comme le King, une de ces premières inspirations (comme de nombreux artistes de la même époque). Ces débuts à New-York sur les traces de Woody Gurthry et ses enchainements de petits concerts (qu’il retrace dans son ouvrage « Chroniques »). On replonge dans des concerts mythiques projetés sur les murs. On y découvre également un peu en exergue une partie réservée à son passage en France. Qui nous fait décidément retomber dans une époque où tout paraissait nouveau.